L’histoire des sociétés humaines semble parfois obéir à un mouvement de balancier. À certaines époques dominent la rigueur, la discipline, la retenue et le contrôle des comportements ; à d’autres, le goût du plaisir, du luxe, de la fête et de la liberté individuelle prend le dessus. Une société qui exalte la sobriété peut, quelques générations plus tard, célébrer la sensualité et la transgression, avant de voir renaître le besoin d’ordre et de maîtrise de soi.
Ce contraste apparaît à de nombreuses reprises dans l’histoire : de la rigueur morale de certaines périodes chrétiennes aux libertés de la Renaissance, de la discipline du XVIIème siècle au libertinage du XVIIIème siècle, de la respectabilité bourgeoise du XIXème siècle à la révolution des mœurs des années 1960-1970.
Faut-il pour autant parler d’un véritable cycle ? L’image du pendule est séduisante, mais les sociétés ne reviennent jamais exactement à leur point de départ. Une période de liberté engendre de nouvelles normes, tandis qu’une période de contrainte fait naître le désir de s’en affranchir. Le mouvement ressemble donc peut-être davantage à une spirale des mœurs qu’à un simple balancier.
À travers les siècles, cette alternance invite à s’interroger sur une question fondamentale : comment les sociétés cherchent-elles en permanence un équilibre entre le désir de liberté et le besoin d’ordre, entre la recherche du plaisir et l’acceptation de limites collectives ?
Cet article permettra aux lecteurs de découvrir l’évolution des principales dimensions sociétales et leurs caractéristiques, notamment en France et en Europe occidentale, depuis l’Antiquité jusqu’au XVIIIème siècle. Cette brève analyse des mœurs se concentrera principalement sur les thèmes suivants : vie sociale, famille et relations humaines, valeurs et représentations, corps et plaisirs, discipline et interdits, apparence et luxe.
Un second article suivra sur le même thème, du XIXème siècle à nos jours.

Les mœurs dans l’Antiquité
La Grèce antique : relativement permissive, mais codifiée
L’Antiquité ne peut être réduite à une opposition entre austérité et hédonisme : elle associe constamment recherche du plaisir et idéal de maîtrise de soi.
Dans la Grèce classique, le corps, particulièrement masculin, est valorisé à travers le sport, la nudité artistique et la recherche d’un idéal d’harmonie. Cette valorisation s’accompagne toutefois de la sophrosyne, qui prône la mesure et la maîtrise des désirs.
Les Grecs accordent une grande place aux fêtes, aux banquets, au théâtre, au vin et aux cérémonies religieuses. La sexualité est cependant fortement déterminée par le sexe et le statut social : les libertés accordées aux hommes ne sont pas celles des femmes. L’époque hellénistiques voit se développer davantage de raffinement, de luxe et de recherche du plaisir dans les milieux urbains et aristocratiques.
La Rome antique : austère, puis très permissive dans certains milieux
À Rome, l’idéal traditionnel du mos maiorum (« les coutumes des ancêtres ») valorise au contraire la frugalité, le courage, le travail, la famille et la discipline. Mais l’enrichissement considérable de Rome entraîne progressivement un développement du luxe et de la consommation : villas, bijoux, parfums, banquets et vêtements précieux deviennent les signes d’une société devenue immensément riche.
Les thermes, les spectacles, les courses et les combats de gladiateurs témoignent également de l’importance des loisirs et du divertissement collectif. La famille reste néanmoins profondément patriarcale et la sexualité demeure soumise à des règles différentes selon le sexe et le statut.
La religion structure l’ensemble de la société, sans pour autant opposer systématiquement plaisir et spiritualité. Certaines fêtes associent même religion, vin, théâtre et transgression temporaire des normes. Les moralistes romains dénoncent régulièrement le luxe et la « corruption » des mœurs et idéalisent la simplicité des ancêtres.
On retrouve ainsi déjà un mécanisme récurrent : prospérité et liberté favorisent le développement des plaisirs, puis suscitent une réaction en faveur de la mesure et de l’ordre.
L’Antiquité révèle donc que l’alternance entre discipline et recherche du plaisir n’est pas propre aux sociétés modernes. Elle constitue au contraire l’un des premiers grands exemples de cette tension permanente entre maîtrise de soi, plaisir individuel et exigences de la vie collective.

IVème au VIème siècle : la christianisation et le durcissement des mœurs
Entre le IVème et le VIème siècle, la christianisation transforme profondément les mœurs héritées de l’Antiquité. Le corps et les plaisirs sont désormais davantage associés à la maîtrise des désirs : jeûne, abstinence, chasteté et ascèse deviennent des valeurs essentielles. La sexualité est progressivement encadrée par un idéal conjugal fondé sur la fidélité et la procréation, tandis que la virginité acquiert un prestige particulier.
La famille reste fondamentale, mais le mariage est progressivement soumis à de nouvelles exigences morales et chrétiennes. Le luxe et les apparences sont critiqués au nom de l’humilité, de la pauvreté et de la charité. Les fêtes et les divertissements sont également réévalués : certains spectacles romains, notamment ceux associés à la violence et à la sexualité, sont condamnés. La religion impose ainsi une nouvelle discipline sociale et spirituelle, fondée sur le péché, la pénitence, le jeûne et l’examen de conscience.
Le monachisme (un mode vie consacré à la prière et à l’ascèse, mené par les moines ou des ermites)offre parallèlement un modèle radical de renoncement au monde, fondé sur la pauvreté, le célibat et la prière. Les valeurs et l’autorité évoluent : l’humilité, la chasteté, la charité et la maîtrise de soi deviennent des vertus majeures.
Les anciennes pratiques païennes ne disparaissent cependant pas brutalement : elles sont combattues, transformées ou parfois intégrées au nouveau calendrier chrétien.
La christianisation constitue donc moins une rupture immédiate qu’une longue transformation des comportements et des représentations. Elle fait progressivement de la maîtrise du corps, des désirs, et des plaisirs un idéal moral central, préparant ainsi la culture religieuse et sociale du Moyen Âge.
VIème au Xème siècle : le Haut Moyen Âge et l’austérité
Au Haut Moyen Âge, les valeurs chrétiennes s’enracinent progressivement dans une société où subsistent de nombreuses traditions héritées de l’Antiquité et des peuples germaniques. Les corps et les plaisirs sont soumis à l’idéal chrétien de maîtrise de soi : jeûne, abstinence et pénitence occupent une place importante, tandis que la souffrance volontaire peut être valorisée.
La sexualité est officiellement réservée au mariage et encadrée par de nombreuses interdictions concernant l’adultère, l’inceste et les relations durant certaines périodes liturgiques. La famille demeure cependant une institution essentiellement sociale et patrimoniale, avec des mariages souvent déterminés par les intérêts des familles et des lignages.
Le luxe et les apparences sont ambivalents : l’Église critique l’ostentation, mais les rois, les aristocrates et institutions religieuses utilisent vêtements précieux, bijoux et objets d’art pour manifester leur prestige. Les fêtes et les divertissements continuent d’exister, notamment lors des fêtes religieuses et des rassemblements populaires, malgré la méfiance de certains clercs envers les excès.
La discipline religieuse et sociale se renforce avec le développement des monastères, de la pénitence et de la confession, tandis que l’Église cherche progressivement à encadrer les comportements. Les valeurs et l’autorité reposent sur la foi, l’honneur, la fidélité, la hiérarchie et la protection du groupe familial ou seigneurial. Le monachisme offre parallèlement un modèle d’existence fondé sur la pauvreté, la chasteté, le travail et la prière.
Cependant, les pratiques réelles sont beaucoup plus diverses que les normes religieuses : fêtes, jeux, alcool, violence et sexualité échappent souvent au contrôle des autorités. Le Haut Moyen Âge n’est donc pas une période d’austérité uniforme, mais une époque ou l’idéal chrétien de discipline cohabite avec des pratiques populaires beaucoup plus libres.
Cette tension entre normes religieuses et comportements quotidiens constitue l’un des traits fondamentaux des mœurs médiévales et prépare les transformations du Moyen Âge central.
XIIème et XIIIème siècles : une détente relative
Les XIIème et XIIIème siècles connaissent un profond renouvellement des mœurs, marqué par l’essor des villes, du commerce et des cours aristocratiques. Le corps et les plaisirs retrouvent une place plus visible : bains, jeux, danses, banquets et divertissements se développent, même si l’Église continue d’en fixer les limites. La sexualité reste fortement encadrée par la morale chrétienne, mais la littérature courtoise valorise la séduction, l’amour et le désir, notamment dans les milieux aristocratiques.
La famille et le mariage demeurent essentiels, et l’Église renforce progressivement son contrôle sur le mariage, désormais conçu comme un sacrement. Le luxe et les apparences connaissent un essor avec l’enrichissement des villes et des élites : vêtements, bijoux, demeures et fêtes deviennent des marqueurs du rang social. Les fêtes et les divertissements occupent une place importante : fêtes religieuses, carnavals, tournois, spectacles, foires et banquets rythment la vie collective.
La discipline religieuse et sociale reste néanmoins forte : prédication, confession, pénitence et réglementation des comportements encadrent la vie quotidienne. Les hérésies et les comportements jugés scandaleux font l’objet d’une surveillance croissante de la part des autorités religieuses. Les valeurs et l’autorité associent toujours foi, hiérarchie et obéissance, mais l’essor des villes et de la bourgeoisie introduit de nouvelles formes d’autonomie sociale. La chevalerie développe parallèlement ses propres idéaux : courage, honneur, loyauté, générosité et courtoisie.
Cette période apparaît donc moins austère que le Haut Moyen Âge, sans pour autant rompre avec la discipline chrétienne. Elle voit plutôt s’établir un équilibre entre ascétisme religieux, raffinement aristocratique, essor urbain et recherche de plaisirs terrestres. Les XIIème et XIIIème siècles constituent ainsi une première inflexion importante du « pendule des mœurs », avant les crises et les bouleversements du XIVème siècle.
XIVème et XVème siècles : une phase contradictoire
Les XIVème et XVème siècles constituent une période profondément paradoxale. L’Europe est alors frappée par de graves crises : guerres, famines, épidémies, notamment la peste, qui renforcent le sentiment de fragilité et de précarité de l’existence. Pourtant, ces siècles ne sont pas seulement ceux de la pénitence et de la peur de la mort. Ils voient également se développer un goût nouveau pour les plaisirs, le raffinement, le luxe et les divertissements.
Les corps et les plaisirs restent soumis à la morale chrétienne, qui valorise la maîtrise de soi, la chasteté et la pénitence. Mais dans la pratique, les bains, les banquets, les jeux, les danses et les plaisirs amoureux occupent une place importante dans la société. La présence constante de la mort peut même favoriser une volonté plus intense de profiter de la vie.
Dans le domaine des apparences et du luxe, les cours princières et les élites urbaines développent un goût croissant pour les vêtements somptueux, les bijoux, les parfums, les étoffes précieuses et les demeures richement décorées. L’apparence devient un moyen essentiel d’affirmer son rang. Cette recherche de distinction suscite cependant les critiques de l’Église et des autorités, qui dénoncent régulièrement la vanité et l’ostentation.
La vie sociale connaît elle aussi une grande vitalité. Foires, fêtes religieuses, carnavals, tournois, spectacles, banquets et réjouissances populaires rythment la vie collective. Dans les cours, les règles de politesse, de galanterie et de courtoisie se perfectionnent. Ces pratiques offrent parfois des moments de relâchement des contraintes ordinaires, notamment lors des fêtes et du carnaval.
La famille et les relations humaines restent largement organisées autour du mariage, de la transmission des biens et des stratégies familiales. Le mariage est de plus en plus encadré par l’Église, tandis que la littérature et les récits chevaleresques accordent une place importante à l’amour, à la séduction et au désir. Les relations entre les sexes restent néanmoins fortement déterminées par les hiérarchies sociales et religieuses.
La discipline et les interdits demeurent puissants. La confession, la pénitence, la prédication et les prescriptions de l’Église cherchent à encadrer les comportements. Pourtant, la réalité quotidienne s’éloigne souvent des normes : prostitution, jeux d’argent, ivresse, adultère et violences persistent malgré les interdictions. Le décalage entre les règles imposées et les pratiques réelles devient particulièrement visible.
Enfin, les valeurs et les représentations évoluent. La foi chrétienne et la préparation au salut restent fondamentales, mais l’honneur, la gloire, la réussite sociale, la curiosité et le goût du monde prennent une importance croissante. La fascination pour la mort s’exprime dans les danses macabres et les représentations du jugement dernier, tandis que les prémices de la Renaissance favorisent progressivement un nouvel intérêt pour l’Antiquité et pour l’homme.
Ainsi, les XIVème et XVème siècles ne correspondent ni à une période de pure austérité ni à une époque de liberté des mœurs. Ils sont traversés par une tension permanente entre pénitence et plaisir, peur de la mort et goût de la vie, discipline religieuse et recherche de liberté. Cette coexistence des contraires prépare progressivement les transformations culturelles et morales du XVIème siècle.
XVème et XVIème siècles : la Renaissance et l’hédonisme des élites
La Renaissance constitue un profond tournant dans l’histoire des mœurs européennes. À partir du XVème siècle, puis surtout au XVIème siècle, la redécouverte de l’Antiquité, l’essor de l’humanisme, le développement des villes et l’épanouissement des cours princières transforment progressivement les manières de vivre, de penser et de se représenter le monde. Sans faire disparaître la morale chrétienne, ces évolutions introduisent de nouvelles aspirations et donnent davantage de place à l’individu.
Le corps et les plaisirs connaissent une nouvelle valorisation. Les artistes représentent le corps humain avec une attention renouvelée et recherchent dans les modèles antiques une conception plus harmonieuse de la beauté. Les fêtes, les banquets, la danse et les plaisirs de la vie occupent une place importante dans les cours et les villes. La sensualité devient plus présente dans l’art et la littérature, même si la sexualité reste soumise aux interdits et aux prescriptions de la morale chrétienne.
Cette recherche de raffinement se retrouve dans les apparences et le luxe. Les vêtements deviennent plus élaborés, les étoffes précieuses, les bijoux, les parfums et les objets d’art permettent aux élites d’afficher leur richesse et leur statut. Dans les cours princières, l’apparence devient presque un langage social. Le luxe n’est cependant pas seulement une recherche de plaisir : il manifeste aussi le pouvoir, le prestige et la hiérarchie.
La vie sociale se transforme également. Les cours deviennent des lieux de fêtes, de spectacles, de musique, de danse et de conversations savantes. Le développement des villes favorise de nouvelles formes de sociabilité, tandis que l’imprimerie permet une diffusion beaucoup plus large des idées. Les règles de politesse, de conversation et de comportement se raffinent, particulièrement dans les milieux aristocratiques.
Dans la famille et les relations humaines, le mariage reste largement soumis aux intérêts familiaux, à la transmission des biens et aux stratégies sociales. Mais la Renaissance accorde une place croissante à l’individu et aux sentiments. La littérature s’intéresse davantage à l’amour, au désir, aux passions et aux conflits intérieurs. L’idéal humaniste encourage également une réflexion nouvelle sur l’éducation et la formation de l’individu.
Pour autant, la discipline et les interdits ne disparaissent nullement. La religion au cœur de la société continue d’encadrer la sexualité, le mariage, les comportements et les pratiques collectives. La Réforme protestante, puis la Contre-Réforme catholique, renforcent même dans de nombreux territoires l’attention portée aux mœurs. La Renaissance est donc traversée par une tension entre les nouvelles aspirations humanistes et le maintien d’un puissante cadre religieux.
Enfin, les valeurs et les représentations connaissent une transformation profonde. L’humanisme place davantage l’homme, son intelligence, son éducation et sa capacité à comprendre le monde au centre de la réflexion. La redécouverte de la pensée antique offre de nouveaux modèles philosophiques et esthétiques. L’art célèbre la beauté du corps, la nature, les émotions et la vie terrestre, tout en conservant une forte dimension religieuse.
La Renaissance ne doit donc pas être comprise comme une simple libération des mœurs. Elle correspond plutôt à une coexistence nouvelle entre tradition chrétienne et affirmation de l’individu, discipline et plaisir, foi et curiosité, héritage antique et valeurs nouvelles. Dans la logique de notre « pendule des mœurs », elle marque un déplacement sensible vers le raffinement, la connaissance, la beauté et l’affirmation de soi, tout en préparant de nouvelles réaction religieuses et morales. Le mouvement n’est déjà plus un simple aller-retour : il devient une véritable spirale des mœurs, chaque époque, transformant l’héritage de la précédente.

XVIème et XVIIème siècles : La Réforme/Contre-Réforme et le durcissement des mœurs
La Réforme et le Contre-Réforme constituent, au XVIème siècle, un tournant majeur, dans l’histoire des mœurs européennes. Après l’ouverture intellectuelle et culturelle de la Renaissance, les sociétés chrétiennes connaissent une nouvelle phase de moralisation. La division religieuse de l’Europe ne porte pas seulement sur les croyances : elle transforme également les comportements, la vie familiale, les pratiques sociales et la manière dont les individus sont invités à contrôler leurs corps et leurs désirs.
Dans le domaine du corps et des plaisirs, les excès dont de plus en plus condamnés. La sexualité doit être davantage encadrée par le mariage, tandis que l’ivresse, les jeux d’argent, la débauche et certaines formes de divertissement sont dénoncés. Pourtant, les pratiques populaires ne disparaissent pas. Entre les prescriptions des autorités et les comportements réels, l’écart reste important.
Les apparences et le luxe deviennent également un enjeu moral. Dans de nombreux milieux protestants, la sobriété, la simplicité et la modération sont valorisées. Le catholicisme, en revanche, conserve une place importante aux cérémonies, aux images, aux vêtements liturgiques et à la magnificence du culte. Cette différence manifeste deux conceptions distinctes de la relation entre religion, apparence et vie sociale.
La vie sociale est profondément touchée. Dans les territoires protestants, certaines fêtes traditionnelles, procession et pratiques jugées trop éloignées de la nouvelle morale sont supprimées ou limitées. Dans les territoires catholiques, la Contre-Réforme réorganise au contraire les pratiques religieuses et renforce leur dimension collective. Dans les deux cas, les autorités cherchent à mieux encadrer les comportements publics.
La famille et les relations humaines prennent une importance particulière. Les réformateurs accordent au mariage une place centrale dans la vie chrétienne et rejettent le célibat ecclésiastique obligatoire. Le foyer devient un lieu essentiel de transmission de la foi et de formation morale. Le catholicisme réaffirme parallèlement le mariage comme sacrement et renforce son encadrement.
La discipline et les interdits deviennent ainsi un élément essentiel de la société. Prédication, catéchisme, confession, surveillance des comportements et sanctions cherchent à faire correspondre les pratiques quotidiennes aux normes religieuses. Les autorités civiles participent elles aussi à cette moralisation, notamment dans les domaines de la sexualité, de l’ivresse, des jeux et des comportements publics.
Enfin, les valeurs et les représentations évoluent autour de la foi, du travail, de la sobriété, de la responsabilité individuelle et de la discipline. Dans les régions protestantes, la lecture de la Bible et l’instruction prennent une importance nouvelle. Dans les territoires catholiques, la Contre-Réforme développe l’enseignement religieux, la prédication et un art destiné à renforcer la foi. L’imprimerie accélère dans les deux camps la diffusion des textes et des idées.
La Réforme et la Contre-Réforme ne constituent donc pas simplement un retour à l’austérité après les libertés de la Renaissance. Elles représentent plutôt une recomposition profonde des normes sociales, dans laquelle la religion cherche à pénétrer davantage la vie quotidienne. Le XVIème siècle marque ainsi un nouveau mouvement du « pendule des mœurs » : après l’affirmation de l’individu et des plaisirs de la Renaissance, s’affirme une volonté de discipline et de contrôle, mais cette discipline prend désormais des formes différentes selon les sociétés et les confessions. Elle préparera, au siècle suivant, l’affirmation des sociétés plus fortement encadrées sur le plan religieux et social.
XVIIème : le Grand Siècle et la période de discipline
Le XVIIème siècle, aussi appelé le Grand Siècle, est une période importante de l’histoire de France. Il est notamment marqué par le règne de Louis XIV, le développement de la cour de Versailles et une forte influence de la religion. L’ordre, la raison et la discipline caractérisent cette époque.
Concernant le corps et les plaisirs, les nobles apprécient les fêtes, les danses, les spectacles et les grands repas. Cependant, les plaisirs sont encadrés par la religion et les règles de bienséance. L’apparence et le luxe occupent également une place importante. Les vêtements élégants, les bijoux, les coiffures et les grandes demeures permettent de montrer sa richesse et son rang. À Versailles, le luxe et les cérémonies permettent aussi de mettre en valeur la puissance du roi.
La vie sociale est organisée selon trois ordres : le clergé, la noblesse et le tiers état. La naissance et la richesse jouent un rôle important dans la place occupée par chacun. À la cour, les nobles cherchent à obtenir la faveur du roi et à améliorer leur position.
La famille et les relations humaines sont elles aussi très importantes. Les mariages sont souvent arrangés afin de protéger les intérêts et les richesses des familles. Les relations entre les hommes et les femmes sont fortement influencées par les traditions et la religion.
La discipline et les interdits occupent une place importante dans la société. L’Église impose des règles concernant les comportements et les mœurs. Le roi exerce également une forte autorité sur son royaume. Enfin, les valeurs et les représentations reposent sur l’honneur, la gloire, la fidélité, la religion, l’obéissance.
La littérature et le théâtre, avec des auteurs comme Molière, Corneille, Racine ou La Fontaine, La Bruyère, représentent souvent les passions et les défauts humains, à travers des textes moralistes. Ainsi, le XVIIème siècle est une époque où le plaisir, le luxe, les relations sociales, les interdits et les valeurs sont étroitement liés. Les arts cherchent souvent à glorifier le roi, à représenter l’ordre et à respecter des règles.
XVIIIème siècle : le Siècle des Lumières et la détente progressive
Le XVIIIème siècle, appelé le Siècle des Lumières, est une période de grands changements dans la société européenne. Cette époque est marquée par le développement des sciences, des arts, de la littérature et de nouvelles idées philosophiques. Les philosophes des Lumières cherchent à mieux comprendre le monde et à remettre en question certaines traditions.
Le corps et les plaisirs occupent une place importante dans la société, notamment chez les nobles et les bourgeois les plus riches. Les personnes aisées apprécient les fêtes, les bals, les spectacles, les concerts et les grands repas. Les rencontres amoureuses et la recherche du bonheur deviennent également des sujets importants dans la littérature. Cependant, la religion continue à imposer certaines règles concernant les comportements et les plaisirs.
L’apparence et le luxe sont particulièrement importants dans les milieux privilégiés. Les nobles portent des vêtements très élégants, des perruques, des bijoux et de nombreux accessoires. Les maisons et les hôtels particuliers sont décorés avec des meubles raffinés et des objets précieux. Le luxe permet de montrer sa richesse, son statut social et son influence.
La vie sociale se développe dans les salons, les cafés, les théâtres et les lieux de rencontre. Les salons, souvent organisés par des femmes de la haute société, permettent aux écrivains et aux philosophes de discuter et d’échanger leurs idées. Les cafés deviennent également des lieux où l’on parle de littérature, de sciences et parfois de politique. La société devient donc progressivement plus ouverte aux débats et aux échanges intellectuels.
La famille et les relations humaines restent fortement influencées par les traditions. Les mariages sont encore souvent décidés en fonction des intérêts économiques et sociaux des familles. Cependant, l’amour et le bonheur dans le mariage deviennent davantage présents dans les réflexions et les œuvres littéraires. La place des femmes fait également l’objet de discussions, même si elles restent largement exclues de la vie politique.
La discipline et les interdits restent importants au XVIIIème siècle. La monarchie, la religion et les traditions encadrent encore fortement la vie quotidienne. Mais les philosophes des Lumières commencent à critiquer certains abus de pouvoir, les privilèges et les injustices.
Enfin, les valeurs et les représentations évoluent profondément. La raison la liberté, la tolérance, le progrès et le bonheur deviennent des valeurs importantes. Voltaire, Rousseau, Montesquieu et Diderot participent à la diffusion de ces nouvelles idées. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert cherche notamment à rassembler et à diffuser des connaissances.
Ainsi, le XVIIIème siècle est une époque de transformation où les plaisirs, le luxe, les relations sociales et les nouvelles idées contribuent à faire évoluer la société. Ces changements préparent progressivement les grands bouleversements de la fin du siècle, notamment la Révolution française de 1789.

Pour conclure…
De l’Antiquité au XVIIIème siècle, les mœurs des sociétés ont profondément évolué. Chaque époque possède ses propres règles concernant le corps, les plaisirs, la famille et les relations humaines. Dans l’Antiquité, les comportements varient selon les civilisations et le statut social des individus. Au Moyen Âge, la religion chrétienne influence fortement les comportements et les règles morales. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, le luxe, les apparences et la vie sociale prennent davantage d’importance. Cependant, la religion et le pouvoir continuent à encadrer les comportements. Au XVIIIème siècle, les philosophes des Lumières remettent en question certaines traditions et défendent la raison, la tolérance et la liberté. Ainsi, les mœurs changent avec les évolutions religieuses, politiques et sociales. L’histoire des mœurs permet donc de comprendre comment les sociétés transforment progressivement leur manière de vivre, de penser et d’établir leurs relations.

