Les années 1950 : l’École de Paris et le renouvellement de la pensée psychosomatique

Au cours de la seconde moitiè du XXème siècle, la psychosomatique connaît un profond renouvellement théorique sous l’impulsion de l’École de Paris. Si les premières élaborations psychanalytiques des relations entre psyché et soma, notamment celle de Franz Alexander et de l’École de Chicago, avaient privilégié une lecture fondée sur les conflits psychiques spécifiques à certaines affections organiques, les travaux de Pierre Marty, Michel Fain, Michel de M’Uzan et Christian David proposent un changement de perspective majeur. La question n’est plus de rechercher la signification symbolique de la maladie, mais de comprendre les modalités de fonctionnement de l’appareil psychique et les conditions dans lesquelles celui-ci devient incapable de traiter les excitations internes.

Cette refondation de la psychosomatique s’appuie sur une conception économique du fonctionnement psychique, inspirée de la métapsychologie freudienne mais profondément remaniée. L’École de Paris introduit des concepts originaux, tels que la pensée opératoire, la dépression essentielle ou encore la désorganisation progressive, qui permettent d’appréhender la maladie somatique comme l’expression d’une défaillance des processus de mentalisation et de symbolisation plutôt que comme la traduction directe d’un conflit inconscient.

Cet article se propose d’analyser le renouvellement de la psychosomatique opéré par l’École de Paris. Après avoir rappelé les principaux fondements de la psychosomatique antérieure, il montrera en quoi les travaux de Pierre Marty et de ses collaborateurs constituent une rupture épistémologique majeure dont l’influence continue de marquer la clinique psychosomatique contemporaine.

L’École de Paris s’inscrit dans le prolongement historique de la psychosomatique psychanalytique inaugurée par Franz Alexander, le fondateur du Chicago Institute for Psychoanalysis, dans les années 1930. Son modèle de la psychosomatique s’inscrivait historiquement dans la psychanalyse. 

Pierre Marty, fondateur de l’École de Paris, rompt avec le modèle de la spécificité psychosomatique d’Alexander et de l’École de Chicago. Alors que Franz Alexander cherchait à établir des correspondances entre certains conflits psychiques et des maladies organiques spécifiques, Pierre Marty déplace la réflexion vers l’analyse du fonctionnement mental, de la capacité de symbolisation et des processus de mentalisation.

Ainsi, si l’on parle du courant psychanalytique de la psychosomatique, il est plus juste de distinguer :

Une première génération

Elle est représentée par deux grandes conceptions :

Le modèle psychanalytique inspiré de Freud, où le symptôme corporel pouvait être compris comme un compromis symbolique (à l’image de la conversion hystérique) ;

La médecine psychosomatique américaine (Franz Alexander notamment) associait certains conflits psychiques à des maladies spécifiques (ulcère, asthme, hypertension, etc.). La théorie de Franz Alexander restait toutefois proche de la métaphysique freudienne classique et de la théorie des conflits.

Une seconde génération

C’est celle de l’École de Paris, qui renouvelle profondément le cadre théorique en abandonnant l’idée de conflit spécifique au profit des notions de pensée opératoire, de dépression essentielle, de désorganisation progressive et d’économique psychosomatique.

École de Chicago et l’École de Paris : les principales différences

L’École de Chicago (Franz Alexander)

-Recherche des conflits inconscients spécifiques responsables de certaines maladies.

-Théories de la spécificité : chaque maladie correspondrait à une configuration psychodynamique particulière.

-Le symptôme somatique possède une valeur symbolique, même indirecte.

L’accent est mis sur les conflits affectifs.

L’École de Paris (Pierre Marty)

-Ne cherche pas un conflit spécifique mais évalue le niveau d’organisation du fonctionnement psychique.

Refus de la spécificité : une même maladie peut apparaître chez des fonctionnements psychiques très différentes.

-La maladie est souvent liée à un défaut de mentalisation, pas à un symbole.

-L’accent est mis sur la qualité de la vie fantasmatique, la pensée opératoire et les capacités de symbolisation.

L’émergence de l’École de Paris, au début des années 1950, ne peut être comprise qu’en la replaçant dans le contexte scientifique, médical et psychanalytique de l’après-guerre. Elle résulte de la convergence de plusieurs évolutions : les limites des premiers modèles psychosomatiques, le développement de la médecine hospitalière, l’évolution de la psychanalyse française et une nouvelle attention portée aux patients atteints de maladies organiques.

Un contexte marqué par l’essor de la médecine hospitalière

Après la Seconde Guerre mondiale, les progrès de la médecine permettent une meilleure prise en charge des maladies chroniques (cancers, maladies cardiovasculaires, affections digestives, maladies auto-immunes). Les médecins sont confrontés à des patients dont l’évolution clinique ne peut être expliquée uniquement par les mécanismes biologiques.

Dans plusieurs services hospitaliers parisiens, des collaborations se développent entre médecins et psychanalystes afin de mieux comprendre l’influence des facteurs psychiques sur l’apparition, l’évolution et l’adaptation à la maladie. Cette proximité avec la clinique hospitalière constitue une caractéristique importante de l’École de Paris, qui se distingue d’une psychanalyse centrée sur les seules névroses.

Les limites du modèle de Franz Alexander

Le modèle psychosomatique de Franz Alexander a été critiqué pour son postulat de spécificité, selon lequel certaines maladies organiques seraient liées à des conflits psychiques particuliers, une hypothèse qui n’a pas été confirmée de manière convaincante par les observations cliniques. Ces limites ont conduit Pierre Marty et l’École de Paris à abandonner la recherche de conflits spécifiques au profit d’une analyse du fonctionnement mental et des capacités de symbolisation du patient.

Les travaux de Pierre Marty constituent le socle de la psychosomatique de l’École de Paris. Sa pensée s’organise autour de plusieurs concepts qui forment une théorie cohérente du fonctionnement psychosomatique. L’idée centrale est que la somatisation résulte moins d’un conflit psychique spécifique que d’une défaillance des capacités de mentalisation et de régulation des excitations.

La pensée opératoire

C’est le concept le plus connu de Pierre Marty. La pensée opératoire désigne un mode de fonctionnement psychique caractérisé par :

une pensée concrète, tournée vers les faits ; l’attention est portée sur les tâches à accomplir plutôt que sur les états psychiques. L’action prend souvent le pas sur la réflexion. La personne a du mal à donner un sens subjectif à ce qu’elle vit.

une pauvreté de la vie fantasmatique (vie imaginaire) ; les rêves sont peu racontés ou jugés sans intérêt. Les associations d’idées sont limitées et les métaphores peu utilisées.

une faible expression des affects : la faible expression des affects se traduit par une difficulté à reconnaître, verbaliser et partager ses émotions, le discours restant principalement descriptif, concret et peu investi sur le plan émotionnel.

des difficultés à élaborer les conflits psychiques : la personne a du mal à identifier et à nommer ses émotions et les tensions internes qui l’habitent.  Les conflits sont davantage gérés sur un mode concret et pratique que réfléchis, symbolisés ou intégrés dans la vie psychique.

Pierre Marty pensait que certains individus disposent d’une capacité réduite à produire des représentations psychiques.

Autrement dit, lorsqu’une émotion apparaît, elle n’est pas suffisamment « mise en images » ou « mise en mots ».

Il existe alors une sorte de court-circuit. La personne fonctionne sur le mode :

Evénement — réaction – action

Plutôt que

Evénement – émotion – réflexion – symbolisation – action

Qu’est-ce que la symbolisation ?

La symbolisation est le processus qui consiste à donner une forme psychique à ce qui est vécu, par les mots, les images, les rêves, les souvenirs, les métaphores ou les récits.

 La symbolisation est donc l’un des mécanismes fondamentaux qui permettent de donner du sens à l’expérience.

Autrement dit, symboliser, c’est faire passer quelque chose qui est seulement ressenti ou agi à quelque chose qui peut être pensé et représenté.

Un exemple simple :

Un enfant est séparé de sa mère.

-Au début, il peut seulement ressentir une angoisse intense.

-Progressivement, il devient capable de penser « Maman est partie mais elle va revenir. »

-Il peut jouer à cache-cache, dessiner sa mère ou parler d’elle.

Le jeu, le dessin et les mots deviennent des symboles qui représentent l’absence. L’émotion est alors mieux contenue et comprise.

Les conséquences de ces difficultés

Lorsqu’un conflit ne peut pas être élaboré, plusieurs modes de décharge sont possibles :

La personne peut :

-s’investir excessivement dans le travail ;

-multiplier les activités ;

-chercher des solutions concrètes à tout ;

-présenter des manifestations corporelles (sans que cela signifie que toute maladie soit psychologique) ;

-avoir le sentiment de « fonctionner » sans vraiment comprendre ce qu’elle ressent.

-présenter un discours descriptif : le récit est concret, logique, précis, chronologique, détaillé sur les faits mais peu nuancé sur le vécu psychique.

Chez ces patients, les tensions psychiques sont peu transformées en représentations mentales et risquent davantage de s’exprimer par le corps.

La dépression essentielle

La dépression essentielle ne correspond pas à la dépression psychiatrique classique. Il s’agit d’un concept majeur de l’École psychosomatique de Paris, développé principalement par Pierre Marty. Elle désigne un état dépressif particulier qui ne correspond pas à une dépression classique liée à un conflit psychique conscient (culpabilité, perte, ambivalence, conflit entre désir et interdit), mais plutôt à un appauvrissement du fonctionnement psychique.

Elle se caractérise par :

-une diminution de l’énergie psychique ;

-une perte des investissements affectifs ;

-un appauvrissement de la vie intérieure, de la pensée ;

-une difficulté à identifier ou à verbaliser ses émotions ;

-les plaintes peuvent être surtout physiques (douleurs, troubles digestifs, fatigue), parfois plus marquées que la souffrance psychique exprimée.

-une difficulté à mettre en sens le vécu ;

-impression de vide intérieur plutôt que de tristesse intense ;

-fatigue, perte d’élan et diminution de l’intérêt pour les activités.

C’est une dépression sans conflit psychique manifeste. La personne semble plutôt confrontée à une perte d’élan vital, à une diminution de ses investissements psychiques. Pierre Marty décrit la dépression essentielle comme un état marqué par une sorte de dépression de la fonction mentale. La personne peut donner l’impression d’être coupée de son monde émotionnel. Le terme « dépression » peut être trompeur, car il ne s’agit pas nécessairement d’une tristesse intense. La caractéristique centrale est plutôt une désaffection progressive du monde. La personne peut continuer à travailler, à gérer son quotidien, mais avec une impression de fonctionnement automatique.

Pour Marty, cet état traduit un affaiblissement général du fonctionnement mental, qui favorise les désorganisations somatiques.

Dépression classique et dépression essentielles : les principales différences

Dépression classique 

-tristesse, culpabilité, souffrance morale

-conflits psychiques présents

-pensées souvent riches mais douloureuses

-demande souvent une compréhension du vécu

Dépression essentielle

-vide, perte d’élan, baisse de vitalité

-peu de conflits représentés

-affect appauvri

-pensée appauvrie, opératoire

-difficulté à mettre en sens le vécu

L’économie psychosomatique correspond à l’ensemble des mécanismes permettant de transformer ces excitations en une activité psychique élaborée. Lorsque cette transformation échoue, les excitations cherchent une autre voie de décharge, notamment par le fonctionnement corporel ; le corps peut donc devenir une voie de décharge des tensions

L’appareil psychique est conçu comme un système chargé de :

recevoir les excitations ;

-les transformer ;

-les distribuer ;

-les décharger.

Marty propose une classification des organisations psychiques selon leur degré d’intégration :

Il distingue notamment :

les organisations bien mentalisées ;

les organisations fragiles ;

les états de désorganisation.

Pour Marty, le risque de somatisation dépend davantage de ce niveau d’organisation que du contenu des conflits psychiques.

Pour Marty, la notion la plus important est celle de la mentalisation.

La mentalisation désigne la capacité à :

-ressentir ses émotions ;

-leur donner une représentation mentale ;

-les relier à des souvenirs ou à des fantasmes ;

-les exprimer par la pensée ou la parole.

Autrement dit, une émotion ne reste pas une simple tension physiologique : elle devient un objet de pensée.

Par exemple :

-une personne se met en colère ;

-elle identifie cette colère ;

-elle comprend ce qui l’a provoquée ;

-elle peut en parler ou réfléchir à ce qu’elle signifie.

L’énergie émotionnelle est alors absorbée par le travail psychique.

Bonne mentalisation : le sujet possède une vie psychique riche, on observe :

-une imagination développée

-une bonne capacité associative

-les conflits sont élaborés psychiquement

-une symbolisation des affects ;

-une souplesse psychique.

L’énergie circule essentiellement dans le psychisme, le corps est peu sollicité, le risque de somatisation est donc faible.

Mentalisation moyenne : les capacités d’élaboration existent mais sont fragiles ; des symptômes psychosomatiques peuvent apparaître lors de situations de stress.

Le sujet peut présenter :

-des manifestations fonctionnelles ;

-des troubles psychosomatiques réversibles ;

-des épisodes de désorganisation limités.

Le système psychique reste globalement protecteur.

faible mentalisation : faible capacité à représenter les affects ; le risque de désorganisation somatique est plus important. Pour Marty, lorsque cette capacité de mentalisation est insuffisante, les excitations psychiques risquent davantage d’être déchargée par le corps.

L’organisation psychosomatique est donc liée à la qualité de la mentalisation, c’est-à-dire la capacité à transformer les tensions émotionnelles en pensées, représentations et paroles plutôt qu’en manifestations corporelles.

Lorsque les capacités psychiques deviennent insuffisantes pour traiter les excitations, le sujet entre dans un processus de désorganisation progressive.

Les étapes de la désorganisation progressive :

-surcharge émotionnelle

-diminution des capacités de symbolisation ;

-affaiblissement des défenses psychiques ;

-apparition de troubles fonctionnels ;

-possible développement d’une maladie organique.

Cette théorie introduit une vision dynamique de l’évolution psychosomatique.

L’économie psychosomatique

L’un des apports majeurs de Marty est d’avoir développé une approche économique du fonctionnement psychique, inspirée de la métapsychologie freudienne ; le terme économie » ne désigne pas ici l’économie financière, mais la manière dont l’énergie psychique circule, est transformée, liée ou déchargée dans l’organisme.

Pour Marty, la santé psychosomatique dépend avant tout de la capacité du psychisme à traiter les excitations internes et externes. Lorsqu’il ne peut plus assurer cette fonction, le corps est davantage sollicité comme lieu d’expression.

Le principe fondamental : gérer les excitations, qui sont :

-les émotions ;

-les conflits psychiques ;

-les frustrations ;

-les traumatismes ;

-les tensions relationnelles ;

-les modifications physiologiques internes.

La relation entre mentalisation et somatisation

L’idée qui relie l’ensemble de son œuvre est que plus les capacités de mentalisation sont développées, moins le risque de somatisation est important.

Autrement dit :

-Les conflits psychiques peuvent être élaborés par la pensée, les rêves ou les symptômes névrotiques.

-Lorsque cette élaboration devient insuffisante, les tensions trouvent plus facilement une voie d’expression dans le corps.

En s’appuyant sur la théorie freudienne des pulsions, Marty reprend les concepts freudiens de pulsion de vie (Éros) et de mort (Thanatos), en leur donnant une orientation beaucoup plus clinique et fonctionnelle.

Contrairement à Freud, Marty ne s’intéresse pas tant aux pulsions comme forces psychiques abstraites qu’à leur expression dans le fonctionnement global de l’organisme, c’est-à-dire dans les relations entre psychisme et corps.

Il décrit deux tendances fondamentales :

le mouvement de vie, qui favorise les investissements, la symbolisation et les processus de liaison ;

le mouvement de mort, qui conduit à la déliaison, à l’appauvrissement psychique et, dans les cas extrêmes, à la désorganisation somatique.

Ces mouvements permettent de penser la dynamique évolutive du fonctionnement psychosomatique.

Le mouvement de vie

Le mouvement de vie désigne l’ensemble des processus qui favorisent l’organisation, la complexification et la continuité de la vie psychique et somatique.

Il ne s’agit pas simplement d’un désir de vivre, mais d’une dynamique biologique et psychique qui tend à créer des liens.

Cette dynamique se manifeste par :

-la croissance psychique ;

-l’investissement des relations ;

-la curiosité ;

-la créativité ;

-le plaisir de penser ;

-la capacité de rêver ;

-l’activité symbolique ;

-l’adaptation aux changements.

Sur la plan psychosomatique, le mouvement de vie permet de lier les excitations.

Autrement dit, lorsqu’une émotion apparaît, elle devient progressivement :

-une sensation ;

-puis un affect ;

-puis une représentation ;

-puis éventuellement une parole.

L’énergie circule alors dans un réseau de représentations de plus en plus riche. Marty considère que cette liaison constitue le meilleur facteur de protection contre la désorganisation somatique.

Le mouvement de mort

À l’inverse, le mouvement de mort correspond à une dynamique de déliaison.

L’énergie ne peut plus être suffisamment élaborée psychiquement.

On observe progressivement :

-une diminution des investissements affectifs ;

-une perte de la richesse fantasmatique ;

-une réduction de la pensée ;

-un appauvrissement émotionnel ;

-une rigidification du fonctionnement psychique.

Le sujet continue souvent à fonctionner socialement, parfois même de manière très efficace, mais intérieurement, la vie psychique devient de plus en plus pauvre.

Ce n’est donc pas la mort biologique qui est en jeu, mais un affaiblissement des capacités organisatrices du psychisme.

En psychanalyse, les concepts de liaison et de déliaison désignent la manière dont l’énergie psychique, les émotions et les pulsions sont organisées (ou désorganisées) dans l’appareil psychique. Ces notions sont présentes chez Sigmund Freud et ont été développées par de nombreux auteurs, notamment André Green et Pierre Marty.

La liaison

La liaison est le processus par lequel l’énergie psychique est organisée, contenue et transformée.

Concrètement, cela signifie que les émotions, les pulsions ou les tensions sont reliées à :

des représentations (des images, des souvenirs) ;

-des mots ;

-des affects identifiables ;

une histoire personnelle.

Grâce à la liaison, une personne peut par exemple :

reconnaître qu’elle est en colère ;

comprendre pourquoi elle l’est ;

en parler ;

réfléchir avant d’agir.

La liaison favorise donc :

la pensée ;

la symbolisation ;

le rêve ;

l’élaboration psychique.

Exemple : vous recevez une critique au travail. Vous ressentez de la colère, vous comprenez qu’elle réactive un sentiment ancien d’injustice, puis vous en discutez avec quelqu’un. La tension a été liée à des pensées et à des émotions identifiées.

La déliaison

La déliaison est le processus inverse : les liens entre les représentations, les affects et les pulsions se défont ou ne peuvent plus se constituer.

L’énergie psychique devient alors moins contenue et moins transformable.

Cela peut se manifester par :

des passages à l’acte impulsifs ;

un sentiment de vide ;

une désorganisation de la pensée ;

une difficulté à donner du sens à ce qui est vécu ;

parfois des manifestations psychosomatiques.

Exemple : une personne subit un stress intense mais dit simplement : « Tout va bien », sans pouvoir reconnaître ce qu’elle ressent. Elle développe ensuite des douleurs ou un épuisement sans pouvoir faire le lien avec ce qu’elle ressent.

Dans la psychosomatique de Marty, la liaison est essentielle au travail de mentalisation.

Le schéma est le suivant :

Excitation—mentalisation—liaison—représentation—élaboration psychique.

Lorsque la mentalisation est insuffisante :

-les excitations ne sont pas suffisamment liées ;

-elles restent à un niveau plus « brut » ;

-elles peuvent être déchargées par le comportement ou, selon cette théorie, par le fonctionnement du corps.

C’est la raison pour laquelle Marty fait le rapprochement entre faible mentalisation et difficulté de liaison.

Une vision dynamique

Il est important de souligner que Marty ne décrit pas deux catégories de personnes. Chaque individu oscille constamment entre ces deux mouvements.

Par exemple :

Après un deuil : au début, la personne peut connaître une phase de désorganisation ; progressivement, si le travail psychique s’effectue, le mouvement de vie reprend.

Inversement, chez une personne soumise à un stress chronique :

-les investissements diminuent ;

-la pensée devient plus pauvre ;

-la vie relationnelle se réduit ;

-le mouvement de mort prend davantage de place.

Il s’agit donc d’un équilibre dynamique, susceptible d’évoluer selon les événements de vie, les ressources psychiques et les capacités de mentalisation.

Chez Marty, l’excitation n’est pas seulement une « quantité d’énergie » au sens physique. Elle est déjà une réalité psychobiologique, c’est-à-dire une sollicitation de l’organisme qui demande un travail d’élaboration. C’est la raison pour laquelle sa théorie est souvent décrite comme un déplacement de la théorie des pulsions vers une théorie de la régulation des excitations. L’enjeu clinique n’est plus seulement de comprendre les conflits pulsionnels, mais d’évaluer si le sujet dispose d’une activité mentale suffisante pour transformer les excitations en représentations, en affects et en pensées. Cette perspective explique pourquoi les notions de mentalisation, de pensée opératoire et de désorganisation psychosomatique occupent une place centrale dans son œuvre.

L’excitation : une stimulation

Chez Sigmund Freud, l’excitation (Erregung) désigne une augmentation de tension dans l’organisme.

Cette excitation peut avoir de multiples origines :

-une douleur ;

-la faim ;

-le froid ;

-une émotion ;

-un bruit violent ;

-une stimulation sexuelle ;

-une frustration ;

-un traumatisme.

À ce stade, il ne s’agit que d’une augmentation de tension.

L’excitation n’a pas encore de signification psychique.

On pourrait dire qu’elle répond à la question : « Qu’est-ce qui augmente la tension de l’organisme ? »

La pulsion : une organisation psychique

La pulsion (Trieb) est une notion beaucoup plus élaborée.

Freud la définit comme une force qui fait la frontière entre le corps et le psychisme.

Une pulsion comporte quatre éléments :

une source (une excitation corporelle) ;

une poussée (la quantité de force) ;

un but (réduire la tension) ;

un objet (ce qui permet d’atteindre ce but).

Par exemple, la faim :

-l’estomac vide produit une excitation biologique ;

-cette excitation devient la pulsion alimentaire ;

-la personne cherche de la nourriture ;

-le repas réduit la tension.

L’excitation est donc le point de départ, tandis que la pulsion organise cette excitation en une dynamique orientée.

Alors que Freud s’intéressait surtout au destin des pulsions (que devient la pulsion ?), Pierre Marty s’intéresse davantage au destin des excitations (que devient l’excitation ?), parce que, dans la clinique psychosomatique, ce qui importe est moins le contenu pulsionnel que la capacité de l’appareil psychique à traiter les excitations, quelle que soit leur origine.

Pour Marty, les excitations peuvent être :

-pulsionnelles ;

-émotionnelles ;

-traumatiques ;

-relationnelles ;

-physiologiques.

Toutes doivent être :

-liées ;

-représentées ;

-mentalisées.

Sinon, elles risquent de demeurer à l’état de tension brute.

Pour Pierre Marty, cette différence est fondamentale, car certaines excitations ne sont pas d’origine pulsionnelle.

Par exemple :

-une intervention chirurgicale ;

-un cancer ;

-une douleur chronique ;

-une infection ;

-un stress professionnel intense.

Excitation

Augmentation de tension

peut être interne ou externe

énergétique

-sans direction brute

objet principal de l’économie psychosomatique chez Marty

Pulsion

Organisation psychique de cette tension

toujours issue d’une source corporelle interne chez Freud

psychique

orientée vers un but

cherche une satisfaction

-objet principal de la théorie pulsionnelle freudienne

D’un point de vue psychanalytique, la distinction entre pulsion et excitation est essentielle pour comprendre la pensée de Freud, puis celle de Pierre Marty. Les deux notions sont liées, mais elles ne désignent pas le même niveau de fonctionnement.

-L’excitation est une quantité d’énergie ou de stimulation qui sollicite l’organisme.peut les distinguer de la manière suivante :

La pulsion est un processus psychique qui prend appui sur certaines excitations corporelles et pousse le sujet vers un but.

On peut résumer sa pensée autour de quatre propositions majeures :

-la maladie somatique n’est généralement pas l’expression symbolique d’un conflit inconscient spécifique ;

-le risque de somatisation dépend avant tout de la qualité du fonctionnement mental ;

-les capacités de mentalisation, de symbolisation et de liaison des affects jouent un rôle protecteur ;

-la clinique psychosomatique doit s’intéresser davantage à l’organisation psychique du patient plutôt qu’à la seule interprétation du symptôme.

Ces concepts ont profondément renouvelé la psychosomatique psychanalytique en déplaçant le regard de la recherche du sens de la maladie vers l’étude des conditions psychiques qui rendent possible son émergence. Ils constituent encore aujourd’hui les fondements théoriques de l’École de Paris et influencent de nombreux travaux sur les liens entre psyché, corps et processus de mentalisation.

Les collaborateurs les plus proches de Pierre Marty peuvent être distingués en deux cercles : le noyau fondateur de l’École de Paris de psychosomatique, puis les collaborateurs qui ont participé à son développement institutionnel et à sa transmission.

Quatre auteurs historiques sont considérés comme les véritables fondateurs de l’École de Paris : Pierre Marty, Michel Fain, Michel de M’Uzan, Christian David.

Ils travaillent ensemble dès la fin des années 1950 autour des consultations psychosomatiques de l’hôpital Sainte-Anne et publient en 1963 « L’investigation psychosomatique », considéré comme l’acte fondateur de l’École de Paris. Leurs contributions sont complémentaires.

Pour Fain, médecin psychiatre et psychanalyste, le nouveau-né ne possède pas d’emblée un appareil psychique capable de transformer ses excitations. Cette capacité se construit progressivement grâce aux interactions avec l’environnement, principalement avec la mère.

Autrement dit : le psychisme se développe parce qu’un autre psychisme aide d’abord le nourrisson à réguler ses excitations.

La fonction pare-excitante de la mère

Fain reprend un concept introduit pas Freud : le pare-excitation (Reizschutz). Chez Freud, le pare-excitation est une fonction protectrice qui empêche l’appareil psychique d’être submergé par des excitations trop importantes. Fain applique cette idée à la relation mère-enfant. La mère devient un pare-excitation vivant.

Elle apaise les tensions, donne du sens aux manifestations du bébé, transforme les expériences brutes en expériences psychiquement supportables, rythme les alternances entre satisfaction et frustration. Grâce à cette fonction, le nourrisson apprend progressivement à effectuer lui-même ce travail de régulation.

Le rôle fondamental des absences maternelles

L’une des idées les plus originales de Fain est que le développement psychique ne dépend pas uniquement de la présence de la mère. Il dépend aussi de ses absences, mais pas de n’importe quelles absences.

Il s’agit d’absences : limitées, prévisibles, tolérables, suivies de retrouvailles.

Ces absences obligent progressivement le bébé à développer une activité psychique propre. Autrement dit, la pensée naît du manque, à condition que celui-ci reste supportable.

La « censure de l’amante »

C’est probablement le concept le plus célèbre de Michel Fain, développé avec Denise Braunschweig.

La censure de l’amante désigne le fait que la mère n’est pas exclusivement mère.

Elle est aussi : femme, partenaire amoureuse et sujet de son propre désir.

Le bébé fait alors l’expérience que la mère n’est pas totalement disponible. Elle disparaît parfois parce qu’elle investit : son compagnon, son travail, d’autres activités, sa propre vie psychique.

Pour Fain, cette limite est structurante car elle empêche la relation mère-enfant de devenir fusionnelle. Cette expérience favorise la différenciation psychique.

Le rôle du père

Chez Fain, le père est moins envisagé comme une figure d’autorité que comme celui qui introduit une séparation.

Sa présence rappelle que la mère possède d’autres investissements et que le bébé n’occupe pas toute la scène psychique.

Le père devient ainsi un organisateur de la différenciation.

Là où Marty construit une théorie de l’économie psychosomatique, de M’Uzan, médecin, psychiatre et psychanalyste, s’intéresse davantage à ce qui fait qu’un sujet reste vivant psychiquement.

Une clinique des limites

Le thème majeur de son œuvre est celui des frontières. Il cherche à comprendre les limites :

-entre le corps et le psychisme ;

-entre soi et l’autre ;

-entre le normal et le pathologique ;

-entre la vie et la mort ;

-entre la réalité et le fantasme.

Pour lui, ces frontières ne sont jamais complètement fixes. Le sujet est constamment engagé dans un travail de différenciation.

« Le symptôme psychosomatique est bête »

C’est probablement sa formule la plus célèbre. Elle est souvent mal comprise. Elle ne signifie pas que le patient est « bête ». Elle signifie que le symptôme somatique n’a pas toujours la richesse symbolique du symptôme névrotique. Le symptôme est un événement biologique et pour M’Uzan, il ne faut pas chercher systématiquement à lui attribuer un sens caché. Cette idée constitue une rupture importante avec certaines lectures psychanalytiques qui tendaient à interpréter chaque maladie comme le « langage du corps ».

Le moi et ses frontières

De M’Uzan développe une conception très dynamique du Moi.

Le Moi n’est pas une structure figée. Il se construit continuellement dans les échanges avec autrui. L’identité est donc toujours en mouvement. Cette perspective le conduit à s’intéresser aux situations où les frontières deviennent instables :

-états limites ;

-expériences créatrices ;

-passion amoureuse ;

-maladie grave ;

-proximité de la mort.

Le concept de « chimère psychique »

L’un de ses concepts les plus originaux est celui de « chimère psychique ».

Selon lui, dans certaines rencontres humaines très intenses, deux psychismes produisent temporairement un espace commun.

Il ne s’agit pas d’une fusion, il s’agit plutôt d’une co-création physique.

Cette chimère peut apparaître :

-dans la cure psychanalytique ;

-dans certaines relations amoureuses.

Entre une mère et son bébé ;

-dans la création artistique.

Pendant un temps, chacun pense en partie avec l’autre.

Moins connu du grand public que Pierre Marty, Michel Fain ou Michel de M’Uzan, Christian David, médecin psychiatre et psychanalyste, a pourtant joué un rôle théorique majeur, notamment dans l’élaboration de la métapsychologie psychosomatique. Christian David a particulièrement approfondi les questions de pulsion, affect, fantasme, bisexualité psychique et fonctionnement de la pensée.

Les mécanismes métapsychologiques désignent, dans la psychanalyse freudienne et dans les développements ultérieurs, les processus fondamentaux qui organisent le fonctionnement de l’appareil psychique.

Le terme « métapsychologie » vient de Sigmund Freud. Il désigne une tentative de décrire le psychisme selon plusieurs points de vue complémentaires :

-le point de vue dynamique : les forces en conflit dans le psychisme ;

-le point de vue économique : la circulation et la gestion des excitations ;

le point de vue topique : les différents systèmes psychiques (1ère topique freudienne : conscient, préconscient, inconscient ; 2ème topique freudienne : ça, moi, surmoi) ;

À ces trois points vue s’ajoute souvent le point de vue génétique : la manière dont ces organisations se construisent au cours du développement.

Les mécanismes métapsychologiques sont donc les opérations internes qui permettent au psychisme de traiter les excitations, les pulsions, les affects et les représentations.

La bisexualité psychique

L’un des apports majeurs de Christian David concerne la bisexualité psychique.

Il reprend une idée très présente chez Freud : tout sujet humain possède des composantes psychiques masculines et féminines.

Mais David approfondit cette notion en montrant que la bisexualité psychique n’est pas seulement liée à l’identité sexuelle.

Elle désigne une double polarité du fonctionnement psychique.

Elle implique la coexistence de :

-positions actives et passives ;

-tendances à pénétrer et à recevoir ;

-capacité d’affirmation et capacité de réceptivité ;

-logique de maîtrise et capacité d’accueil.

Pour David, une vie psychique riche suppose une certaine souplesse entre ces différentes positions.

L’affect : un pont entre corps et psychisme

Christian David accorde une place centrale à l’affect.

L’affect est pour lui une zone de passage entre :

-le somatique ;

-le pulsionnel ;

-le représentatif.

Un affect n’est pas seulement une émotion consciente. Il est une manifestation énergétique qui doit pouvoir être progressivement transformée.

Dans la cadre de la psychanalyse, et plus particulièrement de la pensée de Freud, de Christian David et de l’École de Paris, un affect désigne une expérience émotionnelle vécue par le sujet, accompagnée d’une charge énergétique qui témoigne d’une excitation interne.

Autrement dit : L’affect est la forme sous laquelle une excitation devient ressentie psychiquement.

Dans le langage courant, on confond souvent affect et émotion. La distinction psychanalytique est plus précise.

L’émotion désigne plutôt une réaction observable : pleurer, trembler, rougir, rire, crier. Elle comporte une dimension expressive et comportementale.

L’affect désigne davantage une l’expérience intérieure, la tonalité vécue, la charge psychique associée à une représentation ou une situation.

Une personne peut donc avoir un affect sans l’exprimer extérieurement. Par exemple, quelqu’un peut ressentir une grande peur intérieure tout en restant parfaitement calme en apparence.

Le trajet idéal est :

Excitation corporelle –affect—représentation—pensée—parole

Lorsque cette transformation fonctionne, l’affect peut devenir une expérience psychique élaborée.

Lorsque cette transformation échoue, David affirme que l’affect peut rester proche du corps et participer à des modes d’expression somatiques.

La représentation et le travail de transformation

Pour Christian David, la fonction essentielle du psychisme est de transformer.

Une excitation brute doit devenir :

-une image mentale ;

-un souvenir ;

-un scénario fantasmatique ;

-une pensée.

Cette idée rejoint la pensée de Pierre Marty, mais David insiste davantage sur les mécanismes métapsychologiques qui rendent cette transformation possible.

La maladie psychosomatique peut alors être comprise comme une situation où certains processus de transformation sont défaillants.

Le fantasme comme organisateur psychique

Christian David défend une conception riche du fantasme. Le fantasme n’est pas une simple imagination.

Dans le contexte de la psychanalyse, et particulièrement dans la pensée de Christian David et de l’École de Paris de psychosomatique, le mot fantasme ne signifie pas simplement « imagination », « rêve éveillé » ou « idée irréelle ». Il désigne une construction psychique inconsciente qui organise la manière dont un sujet vit ses désirs, ses émotions, ses relations et ses expériences corporelles.

Le fantasme est donc une forme d’activité mentale qui donne une représentation aux excitations.

Dans le langage courant, « fantasmer » signifie souvent imaginer quelque chose qui n’existe pas. En psychanalyse, le fantasme est différent. Il n’est pas opposé à la réalité ; il est une réalité psychique. Cela signifie que même si la scène fantasmée n’a pas eu lieu extérieurement, elle a une existence réelle dans la vie psychique du sujet.

Par exemple, une personne peut ressentir une forte peur d’être abandonnée. Cette peur peut être organisée par un fantasme inconscient : « Si je m’attache à quelqu’un, il finira forcément par partir ».

Cette représentation influence ses relations, ses émotions et ses comportements, même si elle ne correspond pas objectivement à toutes ses expériences.

Christian David insiste particulièrement sur la richesse fantasmatique comme signe d’un fonctionnement psychique vivant.

Un appareil psychique riche en fantasmes possède :

-une capacité d’imagination ;

-une mobilité des représentations ;

-une possibilité de jouer avec les idées ;

-une capacité à relier passé, présent et avenir.

Le fantasme permet une certaine souplesse psychique, il crée des alternatives :

« Cela pourrait être ainsi, mais cela pourrait aussi être autrement ».

Cette ouverture protège contre une pensée trop concrète ou figée.

En psychanalyse, le fantasme n’est donc pas une simple imagination. Pour David, il est une structure organisatrice qui permet :

-de donner un sens aux expériences ;

-de représenter les conflits ;

-de relier les affects ;

-d’organiser les relations avec autrui.

Un appareil psychique riche en fantasmes possède davantage de moyens pour traiter les excitations.

À l’inverse, lorsque la vie fantasmatique est pauvre, le sujet dispose de moins de ressources pour élaborer les tensions internes.

Cette idée rejoint la notion de pensée opératoire, mais avec un accent plus métapsychologique.

Auteur                            Axe principal

Pierre Marty               Économie psychosomatique, mentalisation, désorganisation

Michel Fain                 Construction précoce du psychisme, relation mère-enfant, rêve

Michel de M’Uzan      Identité, frontières du moi, créativité, rencontre analytique

Christian David           Métapsychologie, pulsion, affect, bisexualité psychique.

On pourrait dire que :

-Marty étudie le destin des pulsions ;

-Fain étudie la naissance des capacités psychiques ;

-de M’Uzan étudie les transformations du sujet dans la rencontre ;

-Christian David étudie les mécanismes internes qui permettent à la vie psychique d’exister.

Bien que l’on parle souvent de la « psychosomatique de Marty », l’École de Paris était une œuvre collective. Les auteurs partageaient une méthode clinique commune, fondée sur l’observation du fonctionnement mental des patients atteints de maladies somatiques, mais chacun a développé des centres d’intérêt spécifiques.

L’École de psychosomatique de Paris a profondément renouvelé la compréhension des liens entre le corps et le psychisme en proposant une approche centrée sur le fonctionnement mental plutôt que sur une interprétation symbolique des maladies. À travers les travaux de Pierre Marty, Michel Fain, Michel de M’Uzan et Christian David, elle a montré que la capacité à lier, représenter et élaborer les excitations constitue un facteur essentiel de l’équilibre psychosomatique.

Leurs concepts de mentalisation, de pensée opératoire, de dépression essentielle, de mouvement de vie et de mouvement de mort ou encore de richesse fantasmatique, offrent des outils cliniques précieux pour comprendre la diversité des fonctionnements psychiques.

Bien que certaines de leurs hypothèses aient été discutées et enrichies par les approches contemporaines, leur œuvre demeure une référence majeure en psychologie clinique et en psychanalyse. En plaçant l’économie psychique au cœur de la relation entre le corps et l’esprit, l’École de Paris a ouvert une voie originale qui continue d’inspirer la recherche, la pratique clinique et la réflexion sur la complexité de l’être humain.

Un prochain article portera sur les collaborateurs/collaboratrices de la deuxième génération fondatrice de l’École de Paris, ainsi que sur les élèves et continuateurs qui ont assuré la diffusion et l’évolution de la pensée de Pierre Marty.

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