
La préhistoire désigne la période la plus ancienne de l’histoire de l’humanité, avant l’invention de l’écriture, apparue vers -3300 avant notre ère, qui a marqué le début de l’histoire proprement dite.
La préhistoire est généralement divisée en deux grandes périodes, séparées par une période de transition :
Le Paléolithique ou âge de la pierre ancienne
– 3 millions à -10 000 ans av JC
Apparition des premiers primates nomades en Afrique de l’Est
Des fouilles archéologiques ont permis la découverte d’anciens fossiles d’individus du genre homo à l’Est de l’Afrique, entre l’Éthiopie et le Kénya, le long de la Vallée du Rift ; c’est la raison pour laquelle l’Afrique est désignée comme étant le « berceau de l’humanité », car tous les primates sont issus des tropiques d’Afrique. Les découvertes des archéologues dans ces régions ont révélé la présence de différentes espèces d’hominidés, qui ont souvent coexisté, puis se sont progressivement éteintes, l’Homo sapiens étant la dernière espèce survivante.

Nos ancêtres étaient en ce temps-là des nomades chasseurs-cueilleurs, qui vivaient en petits groupes. Ils ne possédaient pas de constructions durables et ils vivaient dans des huttes temporaires, des grottes ou des abris sous roche et utilisaient des outils rudimentaires en pierre taillée. L’histoire de la lignée humaine est toutefois complexe et ne peut être définie comme une trajectoire linéaire, mais plutôt discontinue. Cette période a vu l’émergence de quatre grandes espèces d’hominidés :
Australopithèque
Il est apparu en Afrique ; de petite taille (environ 1,20m), avec un cerveau peu développé. L’exemple le plus célèbre est Lucy, surnom donné à un spécimen fossile de cette espèce, découvert en 1974 sur le site de Hadar, en Éthiopie, par une équipe de recherche internationale.

Homo habilis
Apparu en Afrique de l’Est, il a été le premier à tailler la pierre et avait un cerveau un peu plus développé que son prédécesseur. Son nom signifie « homme habile ». Il a été le premier artisan et il est à l’origine de la culture dite oldowayenne, caractérisée par la fabrication d’outils rudimentaires en pierre.
Homo erectus
Son nom signifie « homme dressé ». Les Homo erectus sont originaires d’ Afrique, puis ils ont migré en Europe et en Asie. Meilleurs marcheurs que les deux premiers, ils ont mis au point des outils plus variés et donné naissance à la culture acheuléenne, caractérisée par l’invention des outils bifaces.
La domestication du feu
Vers -450 000, la domestication du feu a constitué une véritable révolution et une étape cruciale dans l’évolution humaine. L’Homo erectus a été le premier homme à sortir d’Afrique et à dominer le feu.

Homo Neanderthalensis
Habituellement appelé, « homme de Néandertal », il a émergé en Europe, au Proche Orient et en Asie centrale. Doté d’un corps trapu et adapté au froid, les hommes de Néandertal étaient des proches cousins de l’Homo sapiens ; ils utilisaient des outils perfectionnés ; ils pratiquaient la chasse organisée et possédaient des rites funéraires symbolisant le passage de la vie à la mort. Ils sont associés à la période moustérienne, qui s’est étalée sur une longue période de l’humanité, marquant une avancée supplémentaire considérable dans la production d’outillage.
Homo sapiens
Son nom signifie « homme sage » ; il est apparu en Afrique, puis a migré vers l’Eurasie. Son corps, plus élancé que celui de ses ancêtres, était adapté à la course et aux climats tempérés. Pourvu d’un cerveau beaucoup plus développé, l’Homo sapiens a pu élaborer la pensée abstraite et symbolique. La création artistique et les arts rupestres se sont également répandus, ainsi que les parures et les instruments de musique. Les Homo sapiens pratiquaient également des rites funéraires et enterraient leurs morts avec des objets, ce qui laisse supposer une forme de spiritualité ou de croyance en l’au-delà.
L’homo sapiens a fini par remplacer tous ses prédécesseurs et correspond à notre espèce actuelle.
Développement de l’art pariétal
Dès l’époque du paléolithique apparurent les premières sépultures, ainsi que l’art pariétal (réalisé à l’intérieur des grottes), comme en témoignent certaines peintures rupestres dans des grottes, qui représentent des animaux (cerfs, bisons, chevaux) ou des figures humaines ou symboliques.
Quelques exemples de grottes réputées pour leur art préhistorique :
-La grotte du Castillo, Espagne (-40 000 ans avant JC)
-La grotte Chauvet, France (-35 000 ans)
-La grotte de Coliboaia, Roumanie (-35 000 ans)
-La grotte de La Pasiega, Espagne (-30 000 ans)
-La grotte de Lascaux, France (-18 000 ans)

Les grandes périodes glaciaires de la Préhistoire
Au cours du Paléolithique, la terre a connu des périodes de grandes glaciations, alternant avec des périodes plus tempérées ; cette période s’appelle le « Quaternaire » et elle est divisée en deux grandes ères :
–Le Pléistocène (-2,6 millions à -12 000 ans)
Il est caractérisé par les glaciations de Gunz, Mindel, Riss et Würm.
–L’Holocène (depuis – 12 000 ans)
Il correspond à la période interglaciaire actuelle (climat tempéré)
Ces périodes de glaciation ont modelé l’évolution humaine et ont eu pour conséquences des migrations, l’adaptation au froid et la fabrication d’outils spécialisés.
Le Mésolithique (ou Épipaléolithique) ou âge de la pierre moyenne
-12 000 à – 10 000 ans av JC
Au Mésolithique, une mutation s’opère : elle marque le passage d’une culture du déplacement à une culture de l’ancrage.
Modification du contexte climatique et du mode de vie
Le Mésolithique est une période de transition qui s’amorce lorsque le climat est devenu plus doux, à la fin de la dernière période glaciaire ; les glaciers reculent et la végétation se transforme : la steppe froide laisse place à des forêts tempérées. Ces changements ont un impact sur la faune et les ressources disponibles ; certaines espèces animales disparaissent et d’autres apparaissent : cerfs, sangliers, chevreuils. Les populations mènent une vie de semi-nomades. Les groupes reviennent régulièrement sur les mêmes sites et des territoires identifiés apparaissent, ainsi qu’une différenciation sociale progressive. Les hommes développent une connaissance fine de la nature locale (animaux, végétation, saisons). Cette proximité avec la nature transforme la cosmologie : la nature est perçue comme animée, peuplée d’esprits et de forces invisibles, les animaux deviennent des intermédiaires entre le visible et l’invisible. L’humain est immergé dans un univers animiste, où le sacré est immanent ; chaque élément (pierre, rivière, animal, vent), possède une intention, une conscience, une force.
Semi-sédentarisation et diversification des ressources
Les hommes demeurent des chasseurs-cueilleurs mais ils adaptent leurs pratiques : utilisation d’arcs et de flèches et de petits outils appelés microlithes, apparition des harpons, des filets, des pirogues. Ces différentes inventions traduisent une technicité accrue et une compréhension fine des comportements animaux. Les variétés de fruits et de graines se diversifient, les campements deviennent plus stables, parfois semi-permanents, proches des cours d’eau et des zones riches en ressources. Les premiers villages saisonniers apparaissent, prémices de la sédentarisation. Les cultures régionales se diversifient et les groupes humains s’adaptent à leurs milieux spécifiques. Les forêts et les lacs deviennent des espaces habités : chaque lieu a une mémoire, une histoire, une valeur symbolique. Des sépultures individuelles et collectives montrent une attention accrue portée aux morts ; des lieux de rassemblement, comme Star Carr en Angleterre ou Téviec en Bretagne, témoignent de rituels collectifs. L’être humain passe progressivement de la fusion tribale avec la nature à une première conscience de soi comme être distinct.
-le Néolithique, ou Âge de la pierre nouvelle
Environ -9000 à – 3000 ans av JC (selon les régions)
Le Néolithique marque un changement radical : l’humain se dresse hors de la nature. Les humains passent de la fusion à la séparation, de l’être à la volonté de puissance. Cette période marque le passage d’une humanité nomade, chasseresse-cueilleuse, à une humanité sédentaire, productrice et organisée.
Transformation de l’environnement, domestication et production
En cultivant la terre et en domestiquant les animaux, l’humain devient producteur, non plus simple récepteur. Il découvre qu’il peut transformer son environnement, maîtriser les cycles de vie, contrôler le temps (semence, croissance, récolte). Sa relation à la nature devient maîtrisée et domestiquée. Le temps cyclique de la nature devient temps linéaire ; on pense en saisons, en cycles de croissance, on anticipe, on planifie, on prévoit le futur. La terre-mère devient une ressource et non plus une présence. C’est ici que naît la conscience de la séparation : l’homme devient le sujet et le monde devient l’objet. Cette maîtrise va permettre d’immenses progrès (sécurité alimentaire, arts, architecture, écriture,…) mais elle a toutefois pour conséquence la perte du lien symbolique et du lien immédiat avec le vivant.

Sédentarisation, agriculture et élevage : la révolution néolithique
L’agriculture et l’élevage représentent les inventions décisives de cette période. Pour la première fois, les humains produisent leur nourriture au lieu de la prélever dans la nature. Ils cultivent le blé, l’orge, les lentilles, les pois, le lin, etc. Ils élèvent des chèvres, des moutons, des porcs, des bœufs, des chevaux. L’animal devient compagnon, ressource et symbole. La maîtrise de la production permet aux humains de s’installer durablement sur un même territoire. Les premiers villages, puis les proto-villes apparaissent, comme Catal Höyük en Anatolie, Jericho en Palestine, Lepenski Vir sur le Danube. Ces communautés développent des maisons en dur, une organisation collective (partage des tâches, hiérarchie, spécialisation), des rituels communautaires (culte des ancêtres, fêtes saisonnières). Le Néolithique se caractérise aussi par une explosion d’innovations : poterie, tissage, polissage de la pierre, architecture collective (mégalithe : dolmens, menhirs, cercles de pierres). La sédentarisation conduit à la propriété, au stockage, à la transmission, autrement dit à la naissance de la culture matérielle. L’homme découvre la peur de perdre car il possède désormais des biens, des terres, une descendance à protéger. La hiérarchie s’installe : entre hommes et femmes, entre riches et pauvres, entre le sacré et le profane. L’humanité passe d’une conscience collective, fusionnelle et intuitive à une conscience individuelle, organisée et rationnelle. Toutefois, cette séparation s’accompagne d’une nostalgie du lien perdu avec la nature et le cosmos et cette nostalgie habitera les mythes de toutes les civilisations ultérieures.

La Préhistoire se termine avec l’apparition de l’écriture, des villes, des premiers États organisés, notamment en Mésopotamie, vers – 3300 av JC, marquant le début de l’Antiquité.
Les dates présentées dans cet article peuvent varier, suivant les localisations géographiques et les populations concernées.

