Lien entre notre vécu émotionnel et le matériel génétique contenu dans nos cellules
Nathalie Zammateo, dans « L’impact des émotions sur l’ADN », fait un lien notre vécu émotionnel et le matériel génétique enfermé dans nos cellules, entre notre épigénome (issu des recherches sur l’épigénétique) et les événements traumatiques de notre vécu. L’épigénétique est définie par Vincent Colot, directeur de recherche au CNRS (centre national de recherche scientifique), comme « le changement d’activité des gènes qui est transmis au fil des divisions cellulaires ou des générations sans faire appel à des mutations de l’ADN ».
Bref rappel sur la présentation, la composition et la fonction de l’ADN
Un petit rappel sur l’ADN et la cellule : ADN signifie « acide désoxyribonucléique », il est contenu dans chacune des cellules de notre corps, plus exactement dans le noyau de la cellule ; on parle de brin d’ADN, qui dispose de toute l’information nécessaire pour superviser notre organisme et renouveler nos cellules. Tout être humain est initialement issu d’une seule cellule, qui est le résultat de la fusion d’un ovule et d’un spermatozoïde. Cette première cellule est dotée d’un double héritage, celui du père et celui de la mère, à parts égales. La division cellulaire engendre ensuite environ 200 types de cellules (cellules musculaires, du cœur, du foie, des poumons, etc.) : c’est le phénomène de différenciation cellulaire. L’ADN utilise un système d’information quaternaire : T (thymine), A (adénosine), C (cytosine), G (guanine), qu’on appelle des bases. L’ADN est composé de plus de trois milliards de paires de bases. Entre 1990 et 2003, le séquençage complet de l’ADN humain a été réalisé, ce qui a donné un résultat de 22000 gènes. Cet ensemble forme le génome et l’ensemble des gènes de chaque personne est unique. Après cette découverte, des chercheurs ont pensé qu’en cas de problème, le fait de modifier la partie défectueuse de l’ADN pourrait entraîner une modification du fonctionnement du corps, mais la réalité s’est avérée plus compliquée.
Les circonstances de la naissance, l’hérédité et nos expériences personnelles impactent l’ADN
L’auteure affirme que les circonstances de la naissance, le déroulement de la conception et de la grossesse jusqu’à l’expulsion, ainsi que l’environnement extérieur, ont une influence sur l’héritage biologique transmis à l’enfant. Ces paramètres sont également susceptibles de modifier l’ADN, en ouvrant ou en fermant certains interrupteurs génétiques et de ce fait, avoir ultérieurement un impact sur la physiologie et l’expression de la personnalité. L’expression de nos gènes est façonnée en permanence par nos expériences et émotions. Cette empreinte émotionnelle, qui vient s’ajouter à l’hérédité des caractères acquis, influe sur le développement de la personnalité. L’auteure cite le Dr Jean-Pierre Garitte, auteur de « Matrices émotionnelles et révolution personnelle ».
Un mode de vie sain et un changement d’environnement bénéfique peuvent renverser la situation
Nathalie Zammateo précise toutefois que certaines des empreintes de l’épigénome sont réversibles ; en effet, un changement d’environnement, certaines pratiques comme les massages, la méditation, le rire, une alimentation adaptée, l’exercice physique, peuvent renverser la situation. Ces changements peuvent contribuer à la restauration de l’expression de gènes qui étaient jusque-là silencieux. Les docteurs Elizabeth Blackburn, biologiste (prix Nobel de médecine 2009) et Elissa Epel, psychiatre, ont effectué des recherches sur les liens entre les émotions et ce qui se produit dans la cellule ; elles ont découvert que lorsque le niveau de stress diminue, la longueur des télomères augmentent. (les télomères sont constitués d’ADN et de protéines, ils sont situés à l’extrémité des chromosomes et assurent l’intégrité du génome).
Des paramètres variés influencent la lecture de nos gènes : substances, soins, stress, croyances…
Un gène, pour être lu, doit être traduit en protéine et il pourra alors s’exprimer. L’ADN humain comporte 4 millions d’interrupteurs et l’épigénétique est la science qui étudie la façon dont interagissent les interrupteurs, l’ADN et l’environnement. La lecture de l’information de nos gènes peut être influencée par différents paramètres : stress, substances nocives, expositions prolongées à des radiations, traumatismes et même par nos pensées et croyances, comme l’affirme Bruce Lipton, docteur en biologie, dans son ouvrage « La biologie des croyances ». Michael Meaney, professeur de psychiatrie et spécialiste mondial de l’épigénétique au Québec, a étudié l’impact des soins maternels sur le développement du mammifère, notamment chez les rats et il a découvert que la réponse au stress était différente selon les soins prodigués par la mère aux ratons. Ces soins ont un impact sur l’activité d’un gène particulier, qui est à l’origine du récepteur au cortisol ; chez les rats ayant reçu de bons soins, ces récepteurs sont pleinement actifs, mais sur ceux qui ont été délaissés par leur mère dès la première semaine de vie, il existe des groupements chimiques (la méthylation) sur les interrupteurs de l’ADN de ces ratons, qui empêchent la production du récepteur au cortisol et ces rats vivent dans un état de stress permanent. Il se produit donc un étiquetage des gènes au cortisol en fonction des soins apportés par la mère.
Les traumatismes peuvent avoir une répercussion sur les étiquettes génétiques, qui se transmettent
Ces résultats sur les ratons ont été également trouvés chez les humains. Des études menées chez des hommes maltraités durant leur enfance ont révélé la présence d’étiquettes épigénétiques qui n’étaient pas présentes chez les hommes qui n’avaient pas subi de traumatismes. Des études menées par Patrick McGowan, ont été publiées dans la revue Nature Neurosciences, en 2009. Des taux de cortisol élevés ont été observés chez ces personnes, qui étaient plus susceptibles de développer des schémas comportementaux inadaptés ou des psychopathologies à l’âge adulte. Des étiquettes épigénétiques anormales peuvent se transmettre à la descendance ; en effet, Nathalie Zammatteo cite le cas d’une famine survenue en Hollande en 1944, lorsque les nazis ont interrompu l’acheminement des denrées alimentaires dans le pays. De nombreuses femmes, qui ont vécu cette famine lorsqu’elles étaient adolescentes ou en gestation, ont eu des bébés de faible poids et ce fut également le cas pour leurs filles et leurs petites-filles. Cet étiquetage des gènes s’est dont transmis aux deux générations suivantes.
Réconcilier les parties consciente et inconsciente du cerveau, souvent en compétition
L’auteure affirme toutefois que nous ne sommes pas soumis à nos gènes, les étiquettes épigénétiques pouvant être inversées, que certains comportements peuvent être rééduqués et que grâce à la plasticité neuronale, le cerveau peut être remodelé. Selon l’auteur, Il s’agit de réconcilier les parties consciente et inconsciente du conditionnement émotionnel, qui sont souvent en compétition et à l’origine d’actions opposées. L’auteure insiste sur l’importance de s’adonner à des activités favorisant une perception apaisante de l’environnement, telles que celles déjà mentionnées précédemment. Nathalie Zammatteo fait également référence à la pratique thérapeutique de Cohérence Somato Psychique (CSP®), une approche holistique complémentaire, développée par le kinésithérapeute belge Fabrice Charles, qu’elle met en application avec ses patients lors de ses consultations. Elle a pour but la détection des blocages et des mémoires traumatiques dans le corps en utilisant une lecture spécifique de la biologie de la personne. Elle consacre un chapitre à des cas cliniques auxquels elle a dû faire face au cours de sa pratique, en établissant des liens entre les symptômes et comportements des consultants ; elle a pu trouver leur origine émotionnelle chez leur mère ou lors d’événements survenus pendant la grossesse. Selon l’auteure, chacun doit avoir le courage de sonder les profondeurs de son inconscient pour trouver l’origine de ses comportements intimes.
L’ouvrage comporte également un glossaire des termes scientifiques utilisés dans l’ouvrage (ADN, épigénétique, méthylation, acétylation,…)
À propos de l’auteure :
Nathalie Zammatteo est docteur ès sciences, diplômée des facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur, en Belgique. Elle a étudié l’ADN et a collaboré au développement de kits de détection de l’ADN d’agents pathogènes ; elle a également participé à différents projets de recherche sur le cancer de la peau et du sein. En raison de problèmes personnels, elle s’est particulièrement intéressée à l’épigénétique. Convaincue que le psychisme joue un rôle dans l’évolution des malaises et des maladies et que tout ce qui constitue notre environnement produit un impact sur l’expression des gènes, elle s’est formée à la CSP® ; elle exerce en tant que thérapeute et anime des formations en gestion du stress et des émotions.