Comment définir les instances psychiques ?
Les instances psychiques freudiennes constituent le cœur du modèle théorique élaboré par Sigmund Freud pour décrire l’organisation et le fonctionnement de la vie psychique. Ces instances psychiques ne sont pas palpables, pas observables directement ; elles ne correspondent pas à des organes du cerveau. Chez Freud, ce sont des constructions théoriques ; il parle de métapsychologie.
Les topiques freudiennes ont donné lieu à une cartographie de la psyché. Ce sont des modèles théoriques que Freud a élaborés pour décrire la structure et le fonctionnement de l’esprit humain. Le mot « topique » vient du grec topos, qui signifie « lieu », donc on peut comprendre ces modèles comme une cartographie de l’esprit, comprenant différents « territoires », qui correspondent à différents niveaux ou instances psychiques.
Les différentes instances du psychisme, comme le Ça, le Moi, le Surmoi, ne se développent pas dans le vide, mais se forment et se structurent à partir de nos interactions précoces, avec le milieu, en particulier la famille et les premières figures d’attachement. Ces différentes instances se construisent donc au fil de la vie, à partir des pulsions, des expériences et des relations avec l’environnement.
Les deux topiques élaborées par Sigmund Freud
La première topique (élaborée en 1900)
L’élaboration de la première topique marque un moment fondateur dans la pensée de Sigmund Freud. Elle apparaît principalement dans « L’interprétation des rêves », ouvrages que Freud considérait comme sa découverte la plus importante. Pour comprendre cette topique, il est nécessaire de la replacer dans son contexte clinique et théorique. À la fin du XIXème siècle, Freud travaille avec des patients hystériques, d’abord avec Josef Breuer. Il observe, chez certaines de ses patientes, des symptômes physiques sans cause organique, des souvenirs oubliés mais agissants et des affects dissociés. Il comprend peu à peu que ce qui est oublié n’est pas supprimé.
Freud décrit trois systèmes psychiques (ou instances)
L’inconscient est le lieu du refoulé
L’inconscient (Ics) est le réservoir des désirs refoulés, des pulsions et conflits. Il fonctionne selon le processus primaire. Il ignore la contradiction et la temporalité. Il obéit au principe de plaisir et il est séparé du reste du psychisme par une censure. Il se forme par le refoulement : toutes les pulsions, désirs, souvenirs ou représentations inacceptables pour le Moi ou interdits par le Surmoi sont relégués dans l’Inconscient. Il contient le refoulé, qui continue pourtant à agir et à se manifester de façon déguisée (rêves, lapsus, actes manqués, symptômes). Il n’est pas directement accessible mais peut être approché par l’analyse et l’interprétation. Exemple : un désir refoulé peut réapparaître sous forme de rêve ou de lapsus.
Le préconscient est le lieu des souvenirs et des savoirs accessibles
Il s’agit d’une zone intermédiaire entre le conscient et l’inconscient, qui renferme des contenus accessibles à la conscience et qui est soumise à une censure partielle. Il joue un rôle de filtre et de zone tampon et laisse passer vers le conscient ce qui est acceptable. Il bloque (par refoulement) ce qui est jugé trop conflictuel, le contenu reste alors contenu dans l’inconscient. Il représente ce qui n’est pas présent à la conscience à un moment donné, mais qui peut facilement y accéder si on y prête attention. Contrairement à l’inconscient, le préconscient est latent, disponible. Par exemple : un souvenir d’enfance, une connaissance apprise, peuvent relever du préconscient.
Le Conscient est soumis au principe de réalité
C’est le lieu de perception et de la pensée claire. Il fonctionne selon le processus secondaire (logique, cohérence) et il est soumis au principe de réalité. Le conscient correspond à tout ce dont nous avons connaissance à un moment donné. Ce sont les pensées, perceptions et sensations que nous pouvons immédiatement verbaliser. Le conscient, dans la pensée freudienne, est limité et ne représente qu’une petite partie de la vie psychique. La majeure partie de nos désirs, souvenirs et conflits reste dans l’inconscient. Le conscient est le lieu de la perception immédiate et de la réflexion volontaire. Il est seulement la « pointe de l’iceberg » par rapport à l’immense masse de l’inconscient.
Cette première topique introduit plusieurs idées radicales : le psychisme est stratifié (la conscience n’est qu’une petite partie) ; le psychisme est conflictuel (il y a opposition entre désir et censure) ; le symptôme a un sens (il est l’expression déguisée d’un désir refoulé).
La seconde topique (élaborée en 1923)
Le contexte de la Première Guerre mondiale
La deuxième topique est le résultat d’un crise théorique et clinique profonde dans l’évolution de la psychanalyse. Le modèle de la première topique fonctionnait bien pour expliquer les rêves, les lapsus, les symptômes hystériques et le refoulement. Mais, progressivement, Freud rencontre des phénomènes cliniques qui ne rentrent plus dans ce schéma. La Première Guerre mondiale va bouleverser la clinique. Freud observe des névroses traumatiques, des répétitions de scènes douloureuses dans les rêves, des comportements d’auto-sabotage. Or, ces répétitions ne correspondent pas au principe de plaisir (chercher le plaisir, éviter le déplaisir). Cela conduit Freud à publier en 1920 : « Au-delà du principe de plaisir ». Il y introduit la compulsion de répétition et la pulsion de mort. Ce tournant est décisif, car Freud se rend compte que l’appareil psychique ne cherche pas seulement le plaisir.
Redéfinition de l’ego (le Moi) dans la vie psychique
En 1914, dans « Pour introduire le narcissisme », Freud découvre que le sujet peut investir sa propre personne comme objet d’amour et que l’ego n’est pas simplement une instance consciente. Cela fragilise la première topique, car le moi ne peut plus être assimilé au conscient. Freud constate effectivement que le moi peut être en grande partie inconscient, le sujet peut se punir inconsciemment et la culpabilité peut exister sans conscience claire.
Cela va amener Sigmund Freud à une nouvelle structuration et à l’élaboration de la deuxième topique. C’est dans « Le moi et le Ça » que cette nouvelle topique va être présentée.
Les instances de la deuxième topique
Le Ça est le réservoir pulsionnel, le principe de plaisir
Il est considéré comme inné et il est présent dès la naissance ; c’est l’instance la plus archaïque et fondamentale du psychisme selon Freud. Il représente les pulsions fondamentales (sexuelles, agressives, vitales), gouvernées par le principe de plaisir, c’est l’énergie brute, sans médiation. Le Ça est le pôle pulsionnel inconscient du psychisme et le réservoir de toutes les pulsions et désirs primitifs. Il est inconscient, irrationnel, sans logique morale ni temporelle, par exemple : le désir immédiat de manger, de crier. Cette instance fonctionne selon le principe de plaisir, sans considération de réalité ni de temporalité. Il ignore les limites du monde extérieur, il ignore la morale et la censure. Il est la source de l’impulsion à vivre, à aimer, à créer, mais aussi de l’agressivité et de la destructivité.
Le Moi est l’instance de médiation, le principe de réalité
Le moi se forme progressivement chez l’enfant, au contact de la réalité extérieure et des contraintes qu’elle impose. Il agit comme médiateur entre les pulsions du Ça, les exigences du Surmoi et la réalité. Il est régi par le principe de réalité. Il est partiellement conscient et inconscient, il utilise des mécanismes de défense (refoulement, déni, projection…) pour maintenir l’équilibre psychique. Exemple : « J’aimerais manger ce gâteau tout de suite (Ça) mais je vais attendre le dîner pour être correct socialement (Moi) ».
Le Surmoi est l’instance morale, le juge intérieur
Il se constitue à partir de l’intériorisation des interdits parentaux et sociaux, surtout à travers le complexe d’Œdipe, (vers 5-6 ans). Il représente les idéaux, les interdits et les valeurs morales. Il est en grande partie inconscient, il agit comme juge intérieur, générant la culpabilité et la honte lorsque le Moi ne respecte pas les normes. Exemple : « Je n’ai pas le droit de voler ce gâteau, ce serait mal ». Un surmoi faible aura pour conséquences générales : peu d’ intériorisation des interdits, une faible capacité à ressentir de la culpabilité et une difficulté à intégrer des limites internes. Un surmoi excessif peut engendrer de la rigidité, de la sévérité, de la culpabilité excessive, de l’auto-punition inconsciente, un terrain dépressif avec auto-dévalorisation et auto-accusation.
Les topiques freudiennes offrent une cartographie précieuse de la psyché humaine, permettant de comprendre comment le Ça, la Moi et le Surmoi interagissent et entrent parfois en conflit. Reconnaître ces dynamiques, même de manière théorique, nous permet non seulement de mieux comprendre nos réactions psychiques, mais aussi de poser les bases d’un travail introspectif ou thérapeutique capable d’apaiser ces tensions intérieures

